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Eric GIRAUD, expert de justice près la cour d'appel de Colmar


   
    

Cadre des industries électriques et gazières, Eric GIRAUD exerce une activité de conseil et d'expertise dans les domaines de la prévention des risques professionnels ainsi que dans la prévention des risques bâtimentaires liés aux fluides électriques et gazeux. Ingénieur professionnel en sécurité et en électricité, il dispose d'une expérience de plus de dix ans dans la conception, la sécurité et la conformité des réseaux et des installations d'électricité et de gaz.
Il exerce également des missions de recherche de cause et circonstance d’incendie et il est devenu tout récemment expert de justice près la cour d'appel de Colmar.
    
   
    

Comment êtes-vous devenu investigateur en recherche de causes et circonstances d’incendie ?

Mon parcours est tout d’abord constitué de 10 années de sapeur-pompier volontaire dans le Haut-Rhin dont 8 en qualité de formateur incendie, ARI et secourisme. Ensuite, dans le cadre de mon parcours professionnel, je me suis spécialisé d’abord dans la prévention des risques professionnels, puis dans les métiers de l’électrotechnique du gaz et de l’énergie, en général.
Ainsi mon expérience m’a amené à faire de l’assistance technique dans l’interprétation des textes réglementaires et des normes pour définir comment transposer une directive normative ou un DTU (électricité ou gaz), à une situation concrète sur le terrain.
Fort de cette compétence d’analyse des textes, je fus ponctuellement sollicité pour avis sur des désordres ou dommages. Cela a révélé chez moi une appétence pour l’expertise en général et plus particulièrement, à l’expertise en recherche des causes d’incendie.
L’énergie électrique est l’une des principales causes de sinistre incendie selon les statistiques…  Je dirais même que l’énergie électrique constitue parfois la source d’ignition « par défaut » lorsqu’aucune autre hypothèse ne s’est manifestée…
Donc, fort de ma connaissance des textes et de mon profil de technicien, les interrogations liées au « pourquoi » et « comment » [surviennent les incendies et explosions], m’ont menées vers l’expertise en recherche de causes.
  

Dans quel cadre avez-vous pu développer cette compétence spécifique ?

En 2009, lorsque j’ai intégré une ELD (Entreprise Locale de Distribution d’électricité et de gaz naturel), pour ces mêmes missions d’assistance technique, ma posture était différente car j’intégrais l’entité pouvant être mise en cause dans le cadre des sinistres incendie prenant naissance dans l’environnement des ouvrages nous appartenant. Et donc, la nécessité de comprendre s’est décuplée. Car fort de ma compréhension du feu et de mon expérience acquise sur les vestiges ou théâtres de sinistres, certaines questions ne trouvaient pas réponses. Et cela m’handicapait lorsque l’énergie électrique ou gaz était en cause.
C’est alors que j’ai décidé de me former. D’abord en 2009, avec l’Institut de l’expertise, dans le domaine de l’expertise judiciaire afin de maîtriser les aspects liés au droit, aux procédures, à la réglementation, aux méthodologies et à la déontologie pour la conduite des opérations d'expertises.
Ensuite en 2012, pour des aspects plus techniques de recherches de causes et circonstances avec CNPP.
Aujourd’hui, dès lors qu’un sinistre prend naissance dans l’environnement d’un ouvrage, je suis chargé de mener l’enquête pour déterminer les causes du sinistre avec deux objectifs :
  1. identifier, le cas échéant, des pistes d’amélioration pour que le problème ne se reproduise plus ou adapter un plan de maintenance ou de renouvellement,
  2. assurer la protection des intérêts de l’entreprise lorsque la situation l’exige.
Cependant, malgré ma situation d’expert de la partie, il peut m’arriver de reconnaître une responsabilité. Et cela reste une évidence lorsque la mise en cause est manifeste. Quoiqu’il en soit, mon objectif est de me positionner en expert du domaine en m’appuyant sur les compétences techniques et normatives en gaz et électricité, les aspects juridiques de l’expertise et la méthodologie d’investigation RCCI.
   

Aujourd’hui, dans quels contextes exercez-vous ce métier d’expert RCCI ?

D’abord, en qualité d’expert pour le compte de mon entreprise, et ensuite, dans le cadre d’une activité secondaire exercée à titre libéral en qualité de sapiteur pour un expert commis par un tribunal dans le cadre d’un contentieux judiciaire. Ces derniers peuvent me solliciter pour un avis technique dans une spécialité différente de la leur.
   

Combien d’expertises menez-vous chaque année ?

C’est variable. Le curseur est placé entre 5 et 10 expertises par an. Mais, je ne vais pas les chercher, on me les propose et je ne les accepte pas forcément car c’est une activité accessoire pour moi. Je privilégie quand même mon activité professionnelle principale.
Par exemple, actuellement, j’en ai 3 en cours. Une expertise judiciaire peut durer de quelques semaines à plusieurs années.
    

Vous arrive-t-il de douter lors d’une expertise ?

Je pense que l’expert qui ne doute pas devrait arrêter rapidement son métier…
Lorsque l’on arrive sur une scène, il faut d’abord rester humble. Ensuite, il faut savoir ne pas forcément conclure. Et je regrette que certains experts se sentent obligés de conclure. En expertise, il faut arriver à dire que la cause est indéterminée même si on peut émettre des hypothèses et des probabilités. Un juge, par exemple, souhaite être éclairé. Mais ce n’est pas à l’expert de tirer des conclusions si rien ne permet de le faire !
En revanche, si les faits permettent de formuler des hypothèses étayées scientifiquement ou techniquement, on se doit d’émettre un avis.
Une des raisons qui a conduit mon entreprise à soutenir ma fonction d’expert RCCI en interne est une affaire qui a débuté par une expertise assurance, puis judiciaire et qui aura duré 2 ans et demi. Aucun élément matériel tangible ne permettait de déterminer avec certitude la cause du sinistre et pourtant la responsabilité de l’entreprise a été retenue…  Quelle frustration de se voir imputer une responsabilité qui n’a pas été techniquement établie, sans aucune preuve matérielle sur la base d’une « cause par défaut »...
   

Quelles sont les pistes d’amélioration pour la profession d’expert RCCI ?

Je viens d’évoquer une des premières pistes, à savoir : rester humble, savoir s’arrêter au bon moment.
Sinon, structurer une approche RCCI pour réduire le champ des interprétations me parait être une piste intéressante. Par exemple, l’existence de références communes et partagées pour mieux s’entendre sur ce qui peut être une conclusion ou ce qui permet de conclure.
Enfin, la piste du partage d’expérience est à explorer car c’est une source de progrès pour les experts qui sont souvent seuls face à certaines investigations. C’est en partie lié à la confidentialité qui entoure naturellement ces dossiers (secret de l’instruction notamment). Pourtant le fruit de certaines investigations mériterait d’être partagé pour prendre conscience de cas particuliers. Les experts RCCI aujourd’hui sont issus de milieux très différents (pompiers, architectes, maîtres d’œuvre, techniciens…) et faire foisonner les approches et les conclusions d’investigations permettrait de faire monter en compétence les uns et les autres ou même de développer la professionnalisation du domaine RCCI qui semble attendue en France.
   

En missions, quelles sont les assistances techniques que vous mettez en œuvre ? Utilisez-vous des drones, par exemple ?

Non, chaque fois que j’ai eu besoin de vues aériennes, nous avons utilisé un élévateur. Soit en sollicitant les pompiers locaux, soit en demandant - lors d’expertises civiles - aux parties de louer un équipement.
  

Pensez-vous en utiliser dans le futur ?

Difficilement. L’utilisation de drones nécessite des autorisations préalables et correspond à un budget conséquent par rapport à un élévateur de personnel. Donc, mis à part sur des sinistres très étendus, le drone, à l’heure actuelle ne m’apporte pas grand-chose.
   

En général, à quel type d’assistance technique faites-vous appel ?

Je fais appel aux laboratoires pour les aspects électriques ou liés au comportement des métaux comme sur une installation de gaz, par exemple, lorsque on constate une rupture sur un raccord ou un élément métallique. L’idée étant de définir à quoi est due cette rupture (fatigue, effort, contrainte, …)
Mais en général, ce sont plutôt les laboratoires électriques que je sollicite pour compléter une appréciation ou un examen visuel d’un perlage ou d’un échauffement sur un conducteur.
Je fais également appel aux laboratoires pour l’analyse de débris. L’idée étant la recherche d’accélérant.
Mais mes travaux concernent essentiellement les procédures civiles, les opportunités sont moindres qu’au pénal où la recherche d’accélérant est immédiate dès lors qu’un acte volontaire ou malveillant est soupçonné.
   

Faites-vous appel à un huissier lors des prélèvements ?

Cela peut m’arriver et notamment dans le cadre d’investigations conduites dans un cadre amiable et en accord avec les parties.

  

Avez-vous déjà imaginé faire appel à la modélisation informatique des incendies ?

Oui, et notamment pour comprendre le développement des fumées et de l’incendie. Mais il y a quand même des freins avec cette technologie. Notamment, l’accessibilité, le coût et l’intérêt in fine par rapport à l’essentiel des sinistres à traiter. Et puis, les données d’entrées doivent être fiables… Un seul oubli, biaisera le résultat.
Donc, vis-à-vis de cette technologie, les enjeux financiers et l’ampleur du sinistre doivent être de taille pour la mettre en œuvre.
   

Et la reconstitution de sinistre ?

Cela est intéressant pour le technicien RCCI que je pense être, mais de la même manière les facteurs déterminants pour choisir cette option sont l’ampleur du sinistre et les enjeux associés. Et seulement dans la mesure où l’avis de l’expert ne permettrait pas d’aboutir à quelque chose de probant. En revanche, j’y crois beaucoup plus pour nourrir un retour d’expérience et notamment pour faire évoluer des techniques constructives ou les prescriptions, par exemple.
   

Que pensez-vous des scanners 3D de zone sinistrée ?

J’en ai entendu parler mais je n’en ai jamais vu mis en œuvre. C’est un sujet qui peut m’intéresser.
  

Quels sont les outils mis en œuvre lors des missions d’investigation sur le terrain ?

Il y en a peu, ils sont simples et classiques et servent à démonter, à découper, à observer (miroirs télescopiques, loupes), à mesurer (mètre, pied à coulisse). Spécifiquement, pour le gaz, je vais utiliser des compresseurs, des produits de détection de fuite, pour vérifier l’étanchéité des conduites. Puis du matériel de prise de vues.
Concernant les prélèvements, j’ai des contenants spécifiques. Il s’agit de sachets, de caisses, de bocaux…
   

Quelles sont les difficultés rencontrées en mission ?

Il peut arriver aux parties prenantes présentes sur un lieu de sinistre, d’évoquer des points de vue très éloignés du domaine technique et développés uniquement dans un but partial afin d’orienter les investigations. J’admets que c’est le « jeu » lié à ce type de mission, mais c’est une difficulté à prendre en compte. Car il m’est arrivé d’identifier des tentatives de détournement d’attention du vrai problème ou de monopolisation de temps.
   

Concernant votre propre sécurité sur un lieu de sinistre, comment agissez-vous ? Vous protégez-vous les voies respiratoires, par exemple ?

Pas forcément de manière idéale mais je le fais quasi systématiquement avec du masque filtrant P3 qui assure contre certaines poussières notamment.
Sur les incendies encore chauds et fumants, j’utilise une balise personnelle pour la détection du monoxyde de carbone.
J’utilise également une tenue de travail et des chaussures ou bottes de sécurité comportant une semelle anti-perforation. Un casque et des gants.
Plus que la chaleur, je crains la réaction de la structure. Autrement dit, est-ce que les planchers sur lesquels nous marchons n’ont pas été affaiblis ? Alors évidemment, sur un sinistre en cours, le commandant des opérations de secours nous donnera accès ou pas. Mais en même temps, il a d’autres choses à gérer et ce n’est pas nécessairement un expert en structure ou en matériaux.
Mais pour moi, c’est une vraie crainte lorsqu’il y a de nombreuses parties, il arrive que les expertises soient suivies par des groupes pouvant compter plus de 20 personnes. Nécessairement, ils vous suivent partout et l’expert dirigeant les investigations doit s’assurer de leur sécurité. Ce type d’expertise est contradictoire et chaque partie participe aux opérations techniques avec plusieurs intervenants (avocats, experts, …) qui doivent procéder aux constats dans le même temps que vous…
Il existe un risque que je considère comme mal géré, c’est le risque lié à la présence potentielle d’amiante dans les matériaux dégradés ou sinistrés que nous devons manipuler.

   

   

Les ouvrages de références d'Eric

   
  • Incendie et explosion d’atmosphère de Jean-Claude MARTIN des Presses polytechniques et universitaires romandes

   

Eric adhère à : 

  • l'association française des enquêteurs post-incendie (AFEPI),
  • la société nationale des Ingénieurs Professionnels de France (SNIPF)
   
Remerciements à Eric Giraud et Etienne Perrin

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