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Romain AMISSE, Chef de service Expertises RCCI, CNPP


  
 
Après une formation à l’INES du CNPP et un double Master en gestion des risques et sécurité des entreprises à la Sorbonne, Romain Amisse a démarré sa carrière d’ingénieur HSE dans des domaines d’activité aussi variés que les télécommunications ou l’industrie minière.
Avant de rejoindre CNPP, pendant plus de 10 ans, Romain Amisse a consacré sa carrière à  la Recherche de Causes d'Incendie en tant qu’Expert Judiciaire près la cour d'appel de Rouen et dans différents cabinets d’expertise d'assurance.

     

De l’usage du drone au sein de la cellule expertise après sinistre

     

Pourquoi utiliser un drone dans le cadre de l’expertise après sinistre ?

 
Le premier intérêt, c'est de pouvoir examiner des zones normalement inaccessibles : les toitures de bâtiments, des éléments de façade sur lesquels on peut venir faire un zoom.
 
Le second est lié à la sécurité de l’expert. Une scène d’incendie est un environnement fortement dégradé où l’intervenant doit, en parallèle de son expertise, évaluer tous les risques auxquels il s’expose qu’ils soient liés à la résistance des structures ou aux contaminants présents. Le drone permet d’effectuer des constatations importantes en toute sécurité.
 
Ensuite, on peut aussi utiliser le drone pour modéliser un bâtiment en 3D.
Dans ce cas, le drone est programmé :  on sélectionne la zone de quadrillage, les paramètres de ce dernier comme la hauteur de vol, l’angle de la caméra et la densité de la grille. L’interface utilisateur est proche de Google Map et plus on fait de passages, plus le résultat est précis.
Avec un logiciel de modélisation, on va recréer le bâtiment sur la base des images prises par le drone.
       
La modélisation peut également être utilisée à l’intérieur d’un bâtiment en complément d’autres outils, à condition que le bâtiment soit assez grand et que la zone de vol soit assez libre. Dans ce cas, l'idée est de reconstruire une scène d'incendie en faisant une visite virtuelle.
Cela permet au mandant, un magistrat ou un inspecteur d'assurance, de se plonger dans la scène d'incendie sans aller sur place. La modélisation va « geler » la scène d’incendie qui pourrait subir des modifications ultérieures du fait des conditions météorologique par exemple (effondrement de la structure, corrosion des métaux, lessivage des suies).
La modélisation va permettre à distance de mieux appréhender le dossier :  conditions de l’assuré, importances des destructions, localisation de la zone de départ de feu dans un environnement complexe.
 

Comment les experts exploitent-ils les vidéos et photos prises par le drone ?

 
L'objectif est déjà de constater le degré de dégradation des toitures, voir s’il y a une percée, voir aussi les traces d'oxydation sur les structures métalliques, poutres ou bacs acier. C'est exactement les mêmes observations qu'on pourrait faire au rez-de-chaussée sauf qu'on les fait en hauteur sans prendre de risque.
La vidéo permet aussi de pouvoir mieux comprendre une scène d’incendie plutôt que d'avoir des photos qui n’ont pas forcément de lien entre elles.
Parfois, sur photo, on s'aperçoit qu'on n'a peut-être pas pris le bon angle, trop zoomé, alors le fait d'avoir la vidéo permet d'avoir des angles de vue qu'on ne pensait pas initialement exploiter..
 

Quelles sont les missions pour lesquelles le drone est incontournable ?

 
Les missions sur lesquelles le drone pourrait être essentiel sont notamment celles sur des bâtiments sous arrêté de péril où l’édifice n'offre pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants. Seul le drone permet de faire les premières constatations en sachant que les mesures nécessaires à la main levée de l’arrêté de péril peuvent modifier considérablement la scène d’incendie en détruisant preuves et indices.
Le drone peut s’avérer particulièrement décisif sur les constatations de conduit de cheminées puisqu’il permet de voir s’il y a des fissures externes ou une non-conformité structurelle de l’installation.
Dans les autres cas, le drone nous aide à appréhender l'incendie de manière générale, si on a une idée de la zone de départ de feu depuis le sol, le drone peut la confirmer dans certains cas. Parfois des incohérences ne sont décelables qu'en confrontant ce qu'on voit au rez-de-chaussée et ce qu'on voit en toiture. Alors, le drone peut aider, c'est un outil supplémentaire.
 

Quelles sont les contraintes d’utilisation du drone ?

 
Nous avons choisi un drone en catégorie C0, aéronef inférieur à 250 grammes, qui n’est pas autorisé à survoler un regroupement de personne. Comme tout autre drone, il doit respecter les règles locales comme à proximité des lieux sensibles, aéroport, centrale nucléaire ou usine à risque spécifique.
Quand on le démarre, il se met à jour. Après mise à jour de la cartographie, s’il est sur une zone interdite au survol il reste au sol.
De même, si la zone est limitée à une altitude définie, le drone n'ira pas au-dessus car il est configuré ainsi. Il respecte la réglementation spécifique à sa géolocalisation.
La réglementation a récemment évolué et est beaucoup moins contraignante avec des drones, qui en restant relativement petits, embarquent une technologie de plus en plus poussée (caméra 4K, mesures des distances dans tous les axes, compensation automatique du vent, …). Si on survole un terrain privé, il faut cependant obtenir l’autorisation du propriétaire et respecter le droit à l’image lors des prises de vue.
Les autres contraintes sont liées à la météo : le drone n’est pas étanche et n’est pas capable de compenser un vent trop important.

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