70 ans de regards sur les risques opérationnels - Incendie & Explosion

Publié le mercredi 25 février 2026
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Le risque incendie semble être le plus ancien, le plus tangible des risques opérationnels. Depuis des décennies, il structure nos réglementations, nos bâtiments et nos pratiques. Pourtant, croire ce risque stable et connu serait une erreur stratégique. 

À l’occasion de ses 70 ans, CNPP partage, à travers cette série d’articles, ses regards d’experts sur les grands domaines de risques qu’il couvre. Une lecture fondée sur l’expérience du terrain et l’évolution des pratiques, pour éclairer les décisions auxquelles sont confrontées les organisations aujourd’hui.

Incendie & Explosion, le risque historique qui ne cesse de se transformer

Le risque incendie semble être le plus ancien, le plus tangible des risques opérationnels. Depuis des décennies, il structure nos réglementations, nos bâtiments et nos pratiques. Pourtant, croire ce risque stable et connu serait une erreur stratégique. En 70 ans, sa nature a profondément muté. De la conformité stricte à des règles prescriptives, nous sommes passés à une ingénierie de la performance, confrontée à des technologies et des enjeux énergétiques qui redéfinissent continuellement les lignes de la prévention et de la maîtrise des risques.

CNPP accompagne ces transformations depuis sept décennies, plongeons dans la dynamique d'un risque fondamental, plus complexe et stratégique que jamais.

Comprendre le risque incendie aujourd’hui : bien au-delà de la conformité

Pendant longtemps, la maîtrise du risque incendie en France a reposé sur une culture de la conformité. Le règlement des ERP (1965 puis 1980), celui des IGH (1977), les arrêtés ICPE (1976) ou encore la directive ATEX (fin 1999) fixaient un cadre prescriptif détaillé : nombre d’issues, résistance au feu des éléments de construction, type de système d’alarme… 

Cette approche a bâti un socle de sécurité essentiel, mais elle a montré ses limites face à l'innovation architecturale et à la complexité des nouveaux procédés industriels en ne répondant pas à tous les cas de figure ; nous pouvons citer les bâtiments anciens, certaines problématiques de mise en sécurité (EPHAD…), les projets innovants et/ou complexes (atrium, grands volumes, mezzanines en entrepôts, scènes tournantes…), ainsi que les bâtiments voués à la coactivité ou voués à changer de destination dans le temps.

 

La transformation majeure de ces dernières années est le passage progressif  d’une logique de moyens à une culture de la preuve de performance. Initiée par la loi ESSOC (2018) et consolidée par les évolutions réglementaires récentes (décret 2025-1100), cette approche permettra de recourir à des « solutions d’effet équivalent » (SEE). L’enjeu n’est plus seulement de cocher des cases réglementaires, mais de démontrer, par l’ingénierie de sécurité incendie, que le niveau de sécurité atteint est au moins équivalent aux objectifs fonctionnels : prévenir le départ de feu, limiter sa propagation, garantir l’évacuation et faciliter l’intervention des secours. Notons que la jurisprudence incendie raisonne déjà comme cela depuis plusieurs décennies.

 

Cette mutation est accélérée par trois facteurs qui transforment le risque à la racine :

  • la transition énergétique, l’essor des batteries lithium-ion (véhicules, stockage d'énergie) et de l’hydrogène introduit des cinétiques de feu et des risques d’explosion (emballement thermique, flamme invisible, etc.) que les doctrines classiques peinent à appréhender ;

     

  • la révolution logistique, l’explosion du e-commerce a engendré des entrepôts automatisés, immenses et denses. L'arrêté 1510 a structuré leur protection, mais chaque site est un cas d’étude unique, où des technologies comme les sprinkleurs ESFR (Early Suppression Fast Response) deviennent des outils de performance ;

     

  • l’économie circulaire, la gestion des déchets, notamment les DEEE contenant des batteries, a fait des centres de tri des zones à très haute criticité incendie, exigeant des stratégies de compartimentage, de détection et d’extinction (contrôle) spécifiques.

     

Pourquoi le risque incendie est-il devenu si stratégique pour les organisations ?

Un incendie majeur n’est plus seulement un sinistre matériel ; c’est un événement systémique qui engage l’avenir de l’organisation.

Impact économique et opérationnel

Au-delà de la destruction d’actifs, le véritable coût est celui de l’arrêt d’activité, de la perte de marchés et de la rupture des chaînes d’approvisionnement, sans oublier les impacts réputationnels. Le retour d’expérience de l’incendie de Lubrizol en 2019 l’a montré : les conséquences dépassent largement le périmètre du site pour affecter tout un écosystème.

Impact réglementaire et juridique

La responsabilité du dirigeant est plus que jamais engagée. Avec l’approche performancielle, il ne suffit plus d’avoir « respecté la règle », il faut être capable de justifier ses choix techniques et organisationnels. La convergence entre Code de la construction, Code du travail et réglementation ICPE crée un maillage dense d’obligations.

Impact humain et social

La professionnalisation des acteurs, marquée par le passage des agents IGH au dispositif national SSIAP (1, 2, 3) en 1995, a transformé la sécurité incendie en une véritable filière de management du risque. Le directeur ou le chargé de sécurité incendie en établissement recevant du public (ERP) mais aussi en industries, est aujourd’hui un pivot stratégique qui dialogue avec l’ensemble des parties prenantes (assureurs, autorités publiques…) et conseille sa direction.

Impact réputationnel et environnemental

La gestion des fumées et des eaux d’extinction est devenue un enjeu majeur. Un incendie mal maîtrisé (par exemple, l’incendie Protex à Tours en 1988) peut se transformer en crise environnementale et sociétale, avec une perte de confiance durable de la part du public et des autorités.

Pourquoi CNPP est légitime : un écosystème d'expertises unique en Europe

La légitimité de CNPP sur le risque incendie repose sur la complémentarité et la synergie d'un ensemble d'expertises exceptionnelles. Cet écosystème permet de confronter en permanence la théorie à la pratique.

 

Il s'articule autour :

 

  • d'un capital humain inégalé, consultants, formateurs, ingénieurs d'essais et ingénieurs en certification ;

     

  • des moyens d'essais uniques, de la modélisation (ISI) à l’essai grandeur nature, le plus grand hall d'essais au feu d'Europe, un nouveau bâtiment dédié aux tests sur les batteries électriques et demain, un nouveau local dédié aux systèmes d’extinction automatique à eau de type sprinkleur mais aussi aux systèmes d’extinction à mousse ;

     

  • d'une approche pédagogique fondée sur le réel, un plateau technique unique (hélistations, navires, cave à fumée…), une vingtaine de bâtiments dédiés à des scénarii spécifiques, des mises en situation à échelle 1 et des salles applicatives (SSI, portes coupe-feu, RIA et extincteurs, hall RCCI...) ;

     

  • des études de cas fondées sur des retours d'expérience réels, issues de nos propres investigations post sinistre et des feux instructifs de notre revue Face au Risque…

     

Cette combinaison unique, renforcée par nos activités d'édition et de presse, crée un cercle vertueux où chaque activité (test, inspection, certification, conseil, formation, éditions) nourrit les autres.

 

CNPP vous accompagne de la théorie à la preuve par l'action

Cette nouvelle donne ne concerne pas que les maîtres d'ouvrage. Le devoir d’information et de conseil des installateurs, des maîtres d’œuvre et des bureaux d’études devient déterminant, dès les phases amont d'un projet. Leur parole doit désormais s’appuyer sur une analyse de risque solide pour proposer la solution la plus pertinente.

 

C'est là que notre accompagnement prend tout son sens, en outillant l'ensemble de la filière.

 

  • Anticiper : nous aidons à décrypter les risques émergents en nous appuyant sur nos essais en laboratoire, fournissant des données fiables pour l'analyse de risque.

     

  • Diagnostiquer : nos auditeurs s'appuient sur une base de connaissances alimentée par des milliers de cas réels pour évaluer la performance d'un site.

     

  • Décider : nos essais en hall permettent de matérialiser la performance, fournissant des données objectives et irréfutables pour valider des solutions acceptables tant du point de vue règlementaire, que de l’exploitation et des contraintes pécuniaires et ainsi éclairer les décisions.

     

  • Agir : nous renforçons les compétences par des formations immersives en conditions quasi réelles, tandis que notre activité de certification valide la qualité des produits, services et entreprises pour disposer d’installations de sécurité incendie efficaces, fiables, pérennes et évolutives.

     

  • Réagir et apprendre : en analysant les sinistres, nous alimentons notre connaissance collective, partagée via nos formations et publications pour boucler la boucle du retour d'expérience.

 

En 70 ans, la gestion du risque incendie est passée d’une obligation de conformité à un exercice de maîtrise. Aujourd'hui, la sécurité ne se décrète plus, elle se démontre. Elle exige une vision intégrée, une culture scientifique et un engagement constant pour s’adapter à un monde dont les risques se transforment aussi vite que ses technologies.

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